With Your Memories

Je vous avais dit que la piste 26 avait été il y a longtemps déjà le point de départ pour une de mes fictions. Voici la scène qu'elle m'a inspirée, allégée des détails propre au monde (l'extrait serait trop long et pas assez compréhensible autrement). Pour situer un peu, c'est une histoire de sciences fiction se passant 2 à 3 siècles après notre temps. Dans le texte vous verrez la notion « d'avant-Weiss », Weiss étant le Jésus moderne qui a découvert une énergie qui va révolutionner le monde tel qu'on le connaît. Tout fonctionne depuis grâce à cette énergie, avec des machines qui défient les lois de la physique.

L'extrait parle aussi de l'Arc, qui est une surface recouvrant Boston. L'Arc est composée par l'énergie révolutionnaire sous forme solide, d'où son auto-éclairage. Voyez l'Arc comme une coquille d'oeuf translucide, à couleur changeante blanc-couleurs pâles, et lumineuse.

Boston ayant sombrée sous l'océan il y a un siècle, quelques quartiers ont été purgés de l'eau (le Bas Boston) pour être récupérables, et devenir un nid à mafiats et malfrats en tout genre. Le Bas Boston est donc comme une immense bulle dans l'océan, et la paroi de cette bulle c'est l'Arc. Le Haut Boston est la ville reconstruite grâce à la nouvelle énergie par dessus l'Arc

Le personnage principal est un agent de terrain qui travaille pour une cellule secrète de l'armée (qui a un fort pouvoir politique), descendu à Boston avec son équipe (entre autre Roy, Mike, et Marine) pour infiltrer, démanteler et remonter la piste d'un mafioso de haut niveau : Alesso.

Tout agent, quelqu'il soit, dont le patron a du sousous porte un tatouage à encre spéciale à la base du crâne (reliant notamment l'oreille à la gorge en passant par un nerf optique) qui lui tient lieu d'émetteur/receveur d'informations.

 

Si cet extrait vous accroche, je compte proposer le texte intégral à la lecture suivie sur le site de la Boucle du L, dans ma bibliothèque, sous son nom original : XHumainX.

PS : cet extrait à été écrit spécialement pour le défi, il est fortement susceptible qu'il soit modifié dans le texte complet.

 

With Your Memories

Par Cathy

Piste 26, sans image

 

Nous étions arrivés sur les lieux en fin d'après-midi. Le boss nous laissa champ libre jusqu'au lendemain matin.

Je retirais mon blouson d'agent, et la combinaison m'opposa quelques résistance avant de finir en vrac sur mon sac. Je pestais silencieusement en farfouillant dans mes affaires à la recherche de mes habits de civil. Lorsque, victorieux, je sortais mon bon vieux sweat à capuchon, Roy me tira une gueule de six pieds de long.

-Range moi cette horreur et évite de t'habiller comme un clown ce soir...

Voyant mon air renfrogné, il ajouta ironiquement :

-...S'il te plaît ?

-Ça va, ça va... je répondais en soupirant. On sort dans la Haute pour que mon sweat soit interdit de sortie ?

-On descend au Palace pour fêter les fiançailles de Mike et Marine. Atterris Armstrong, Mike te l'a dit y'a pas une heure dans le fourgon !

-Je devais être dans les vappes...

-Ou c'est l'âge qui commence à se faire sentir, ria-t-il.

Je lui balançais mon blouson en boule dans la figure.

Tout en rangeant mon sweat, je repris mes recherches pour trouver une tenue plus convenable. Le Palace était un établissement assez réputé pour plusieurs raisons. Premièrement, il était situé dans la Bas Boston, sous l'Arc. Deuxièmement, il s'agissait de ces rares lieux rétro où le style était d'avant-Weiss. Troisièmement, son genre si particulier lui valait de nombreux visiteurs et les tables s'y réservaient six mois à l'avance. Enfin, fait moins connu, son propriétaire n'était autre qu'Alesso, le plus grand contrebandier de la région. Étrange que le couple au choisit pareil cadre pour boire à leur bonheur... Surtout en sachant qu'Alesso était la raison de notre venue ici, à Boston.

Je décidais de garder mon pantalon d'agent, noir, droit, et passe partout. Je ne trouvais pas mieux que ma chemise d'un vert pâle, ouverte sur un haut fin et beige.

-Je dois mettre la cravate ? Je lançais à Roy.

-Idiot, me répondit-il sans relever la plaisanterie.

Plus personne ne portait de cravate depuis des lustres, et même plus encore. Mais au Palace, qui sait... Les habitués devaient être aussi vieillots que l'établissement !

La porte de notre compartiment s'ouvrit sur Marine, perchée en haut de talons aiguilles, un pantalon de cuir lui tombant à la perfection sur les hanches, surmonté d'un chemisier bleu ciel qui semblait faire rayonner sa chevelure blonde.

-Ma parole, mais c'est qu'il est bien fringué ! S'étonna-t-elle en me regardant.

-On a frôlé la catastrophe du sweat, lui répondit Roy avec un large sourire. Tu es superbe, gamine. Où est le grand chanceux ?

-Déjà dehors, on n'attend plus que vous deux les minettes. Je venais voir si vous aviez fini de vous maquiller, répliqua-t-elle, narquoise.

-Prêt à décoller, lui dis-je en m'avançant vers elle pour sortir.

-Roy ? Demanda-t-elle.

-J'arrive, j'arrive ! Répondit-il en bataillant avec un peigne.

-Laisse tomber, quoi que tu fasse c’est indomptable et tu le sais... Aller, en route !

Et elle partit dans le couloir, ses talons frappant le carrelage en rythme. Je lui emboîtais le pas, heureux de sortir une dernière fois avant le début de mission.

Dehors, l'Arc scintillait juste assez pour éclairer la ville. Notre quartier était vide bien entendu, mais quelques rues plus loin la vie battait son plein. Restaurants, bars, boites, magasins … Tout était ouvert, les néons aux milles couleurs éblouissant les passants de leur titre vifs et aguicheurs.

Le Haut Boston ne dormait jamais.

Nous rejoignions Mike à l'entrée du bâtiment Faille le plus proche. Il me fit un clin d'oeil avant de s'engouffrer par la porte du building noir d'encre. Les gens se faisaient plus rares ici. Un immense escalier lumineux perçait la surface lisse de l'Arc, s'enfonçant droit vers le Bas Boston. Nous descendions en parlant ni trop fort ni trop faiblement. Une fois arrivé en dessous, nous ressortions du bâtiment Faille et empruntions les rues crasseuses et noires du dessous. L'air était lourd et humidité ici, chargé par le sel et la moiteur d'un océan contenu à quelques kilomètres de là. Pas un chat dans les allées inégales. Les immeubles autour de nous étaient sombres, et pour la majorité détruits. Les rares encore debout abordaient des néons verts ou bleus, et beaucoup étaient éteints ou cassés. Des silhouettes encapuchonnées parlaient à voix basse, faisant silence en nous voyant arriver. Ils nous regardèrent passer avec un air grave et menaçant.

La faible lumière qui éclairait notre route nous parvenait de l'Arc, plafond terne et lointain du Bas Boston, plancher lumineux et rassurant du Haut.

Après quelques minutes de marche, j'entendis le Palace avant de le voir. Le chant d'un saxophone brisa le silence de la ville, s'élevant d'une sorte de manoir en marbre gris-blanc. Le bâtiment était plus large que haut, intégralement encadré par des grilles couleur d'argent piquant vers le ciel avec des courbes gracieuses. Tout autour de la propriété, un vaste jardin à l'herbe verte et entretenue offrait aux visiteurs une ballade nocturne fraîche mais agréable. Des parterres de fleurs dessinaient des motifs colorés, et des buissons plus hauts permettaient à l'intimité de s'installer sur des bancs de pierre blanche. Les vitres hautes étaient quadrillées de barres de fer, à l'ancienne, et révélaient un intérieur cosy baigné d'une lumière jaune voluptueuse.

J'avais l'impression d'avoir fait un bond de deux siècles dans le passé.

À l'entrée, deux gardes en uniforme portant lunettes et tatouages sur le cou inspectait les allés et venus des visiteurs. Ils nous laissèrent entrer sans broncher d'un oeil néanmoins très attentif. Une fois hors de leur vues, je relevais mon col pour dissimuler mon propre tatouage d'agent, mal à l'aise.

À l'entrée du palace, un homme habillé en majordome nous invita poliment à entrer dans la partie bar de l'établissement. Nous ne mangerons pas ici, c'était certain en vue des prix et de notre absence de réservation.

La salle dédiée au bar était tout en long, défilant très loin à notre droite. Elle était munie de tables noires très hautes, de tabourets identiques, et d'une impressionnante collection d'alcools rangée contre un mur. Le sol était fait du même bois clair qui recouvrait la piste de danse tout à gauche. En levant les yeux, j'admirais le plafond où était peint une scène céleste avec des anges et autres nuages chimériques. Nous rejoignions un autre groupe plus important que le notre, des agents de notre cellule aussi, arrivés en avance. Les salutations furent vives et joyeuses.

J'allais commander deux verres de whiskey au bar car Roy jurait ses grands dieux qu'il n'avait pas d'égal que celui du Palace pour son âge et sa saveur. En attendant la commande, le son pur et harmonieux d'un piano attira mon regard vers la piste de danse.

Un grand homme habillé de noir parcourait les touches d'ivoire de ses doigts à la longueur et la finesse démesurée. Les yeux fermés, il semblait totalement pris dans son morceau. Très vite, un batteur étouffa ses cymbales pour l'accompagner doucement, entamant un morceau de jazz.

Je m'accoudais au bar en me tournant vers la scène qui surplombait la piste de danse, regardant avec étonnement une jeune femme monter et s'approcher du micro. Sa peau était plus blanche que les touche du piano. Une longue chevelure rousse ondulée s'écoulait en torrent sauvage sur son épaule droite, laissant l'autre parfaitement nue. Ses yeux verts étaient sans pareils, aussi éclatant que sa robe noire à paillettes. Elle resplendissait de beauté et de grâce. Ses lèvres d'un rouge carmin s'ouvrirent et une voix terrible s'échappa de sa gorge.

« "Nothing lasts." you said.
But everything still holds meaning in my heart »

J'en avais le souffle coupé. Comment une femme aussi fluette pouvait-elle produire pareille sonorité ? Sa robe aux milles facettes de diamant était comme une seconde peau, moulant ses formes avec une précision qui frôlait l'indécence. Et elle était terriblement mince, c'était un fait.

« Only answer was to live.
And I am still here
With your memories... »

Tout en longueur et en sensualité, elle chantait une douce mélodie, débridant parfois sa voix fantasque. Lorsque le barman déposa les verres devant moi, je ne m'en aperçu même pas.

Des couples dansaient devant elle, enlacés, au rythme lent de sa musique. Je reconnu parmi eux mes deux amis et aînés, Marine et Mike. Ils n'avaient d'yeux que l'un pour l'autre, ne remarquant même pas cette beauté rousse qui était pourtant à quelques mètres d'eux. Cela me fit sourire.

En faisant attention, je pouvais voir de l'autre coté de la piste de danse les premières tables de la salle de restauration. Tout était d'un luxe insolent ici. Les lustres en cristal, les nappes en soie et dentelle, les assiettes en nacre cisellées... Même les clients étaient beaucoup trop bien habillés pour le Bas Boston.

« River of moonshine
I hear your voice echoing.
But I'm here, alone... »

Les instruments se turent, comme si le texte de la chanson les avaient brisés eux aussi.

Un homme blond applaudit les musiciens avec politesse et discrétion, ses yeux braqués sur la chanteuse. Son visage anguleux n'affichait aucun sourire, mais je devinais bon nombre de sentiments dans son regard.

Lorsqu'un autre homme plus gras se posta à coté de lui, une main sur son épaule, toute lueur disparue dans son regard. Il aborda un sourire plat et conciliant en se tournant vers l'inconnu et tout son être dégagea comme une sorte d'intelligence sournoise.

La chanteuse descendit de l'estrade sous les applaudissements et se dirigea droit vers l'inconnu, l'embrassant tendrement avant de s'incliner face à la salle du restaurant. Le blond détourna les yeux au moment du baiser, et s'écarta pour laisser toute la place au couple.

Lorsque je compris pourquoi cette petite scène lointaine avait attiré mon attention, les poils sur ma nuque se dressèrent et je portais instinctivement une main sous mon col, comme pour dissimuler mon tatouage déjà couvert. J'avais entre aperçu le visage du gros homme, et j'aurais parié n'importe quoi qu'il s'agissait d'Alesso. Mon sang s'était glacé dans mes veines. Que faisait-il ici ? Oui, cet établissement lui appartenait, mais un homme de cet acabit ne se montrait que rarement en public.

Mon regard se portait de nouveau sur la chanteuse. Son visage ne me disait absolument rien. Il n'était pas fiché dans nos dossiers de ce que j'en savais. Celui du blond non plus ne m'évoquait rien de particulier, mais j'avais la certitude qu'il était un trafiquant puisqu'il partageait sa table avec Alesso.

Alors que je tentais d'en voir plus, je remarquais une présence dans l'ombre de la scène. Une femme tout habillée de noire me fixait avec hostilité.

Elle portait des chaussures à talonnettes très strictes, un pantalon huilé serré, et un débardeur moulant à manche longues, le tout de couleur noire. Sa peau était d'un blanc cassant paraissant moins lisse que la pâleur de poupée de la chanteuse de part l'absence certaine de maquillage. Ses yeux, d'un brun profond, étaient surmontés de deux sourcils fins et arqués, reflet de humeur meurtrière du moment. Ses cheveux couleur corbeau tombaient en pics raides sur ses épaules carrées, recouverts par la capuche d'un manteau long qui dissimulait à peine les deux armes à sa ceinture. Et à en juger par les irrégularités de sa tenue aux bras et mollets, elle était très certainement équipée de couteaux et autres outils.

A n'en point douter, il s'agissait d'un garde du corps. Mais de qui... ? Pas d'Alesso, il n'emploierais jamais une femme pour le protéger. Il était trop fière.

La garde sortie de l'ombre et se dirigea droit vers la chanteuse, sans me quitter des yeux. Elle lui murmura quelque chose à l'oreille. Le blond redressa la tête, intrigué par ces messes-basses. Alesso se pencha imperceptiblement pour écouter la confidence. Lorsque le couple et la garde se retournèrent vers moi pour me détailler, je pris les verres et filait vers la table des agents avant qu'ils ne me voient. Mon cœur battait à tout rompre et je redoutais à tout instant que la femme en noir ne vienne s'assurer que je n'avais pas disparu. Heureusement, notre table était invisible depuis la salle à manger.

De longues minutes de tension passèrent sans que rien n'y personne ne vienne déranger notre petit assemblée. Je ne parlais à personne de ce que j'avais vu. Ce n'était ni le lieu, ni le moment. Je devais en informer notre boss au plus vite.

Alors que je buvais mon whiskey sans prêter grande attention à son goût, les idées défilèrent très vite dans mon crâne. J'inspectais les fenêtres, les portes, tous les moyens pour s'enfuir en cas de soucis. Je visualisais le chemin jusqu'au bâtiment Faille, puis celui jusqu'au QG. Et lorsque tout fut clair dans mon esprit, je me surpris à me remémorer le visage froid et assassin de la femme en noir. Tout particulièrement ses yeux. Son regard meurtrier perça mon âme et me fit frissonner.

Cette image, ce souvenir s'imposa à moi et ne me quitta plus de la soirée, accompagné de la mélodie de jazz...

« And I am still here
With your memories... »


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