? (Léa)

La lumière du soleil levant s'étendait lentement en longues taches sanglantes sur la longue plaine que je surplombais.

J'y voyais parfois fuir des sillons de sable dans le vent timide, peureux. Le silence résonnait au sein de cette terre désertique et ambrée, et trouvait écho dans mon coeur tendu. Au loin, je voyais la masse noire des lignes ennemies avancer lentement, semblables à la tension qui s'étendait doucement dans mon ventre, insidieuse comme une contagion.

Je sentis Bengal arriver plus que je ne l'entendis. Il exultait d'une aura de témérité, d'honneur et de guerre. Sa fourrure effleura ma main, qui se perdit entre les lignes orientales de sa parure. Je tournai mon regard vers lui, et vit ses yeux briller presque humainement de fierté, d'un courage qu'il semblait vouloir me transmettre. Je m'agenouillais alors, fermais mes yeux, et apposait mon front contre le sien. Je tentais en vain de me rassénérer de ce contact et d'empêcher les frissons de me traverser, mais Bengal ne fut pas dupe, et se détacha de moi. On ne trompe pas un tigre royal.

Peu à peu, la peur me saisit le ventre de ses droits crochus et sournois. Je décidai de mentir à mon propre coeur, et monta sur mon tigre. La note stridente d'un aigle se cristalisa dans le ciel d'azur, semblant peu à peu fissurer l'athmosphère. Je levai mes yeux et le vis tournoyer au dessus de la plaine. Je l'imaginai, dans toute sa sagesse animale, contempler la scène, et se moquer de la barbarie humaine. Son cri se répéta. Je ne sais pourquoi, j'y sentis un écho de la voix de ma mère, comme si elle cherchait à me donner courage par delà les étoiles. Le vent se fit plus fort, et agita ma tresse comme une bannière de bataille. Le regard toujours levé vers le ciel, je fermai mes yeux, et laissais une arme s'échapper en murmurant "Mère." Une onde de force me traversa soudain, renforçant mon bras, me redressant l'échine, fortifiant mon âme. Ainsi exaltée, je rebaissais ma tête, et ouvrit les yeux sur le champs de bataille. Nos ennemis payeraient.

Avec un cri d'une force guerrière, rassemblant toutes les voix de mes ancêtres, je saisis ma lance et lançai Bengal sur la pente escarpée.

Je sentais sous moi ses muscles puissants, je sentais la terre forte sous ses pattes, je sentais la vitesse de ses lancées, je sentais la liberté dans le souffle du vent.

Je sentais ses griffes blesser violemment le sol. Je sentais le sang de nous ennemis qui allait couler le long de nos lances. Je sentais la guerre me fortifier le coeur.

J'entendis les cris de ma patrie faire écho à cette frénésie qui me poignait. Leurs tigres lancés sur le sable chaud. La fierté de nos père courir dans les veines de nos frères et soeurs. L'énergie violente rassemblant mon Peuple.

Les ennemis grossissaient lentement, recouvert de leurs ornements puériles, semblables aux écailles des crocodiles. Le crocodile est une bête fourbe et sournoise. Nos ennemis l'étaient encore plus.

Je sentais leur aura de guerre autour d'eux, aussi fiers que nous l'étions.

Plus vite. Ils se rapprochaient. Je pouvais presque distinguer leurs regards. Plus vite. Je voyais leur peau tétanisée de peur, leur souffle s'accélérer, leurs bras dégainer.

Je frappai.

Ma lance s'enfonça profondément dans la gorge d'un soldat, tandis que Bengal lacérait ses membres en longues bandes de chair. Je retirai mon arme dégoulinante de sang, et lançait mon tigre plus en avant dans l'armée ennemie. Ils tentaient de nous arrêter, de nous tuer, en vain. Bengal et moi, étions les vents de la mort, et la mort n'attend pas. Elle frappe.

Je tuais plusieurs soldats et sentais l'aura de mon peuple derrière moi, victorieuse. Elle me portait.

Bientôt, je perdis ma lance dans la nuée meutrière. J'affermis alors ma prise sur Bengal et dégainait mes deux sabres recourbés. Ils sortirent de leur fourreau en une note meurtrière, et un éclat guerrier, denière vision magnifique qu'auraient les crocodiles avant de sombrer dans les ténébres. Je tranchais membres et gorges dans de grands éclats rouges qui célébraient notre bravoure. Ainsi lancés, Bengal et moi ne formions qu'une seule et même créature puissante. La beauté même.

 

J'avançais de plus en plus loin parmi l'armée de crocodiles. Il fallait que je trouve leur général, leur chef. Il devait mourir de la main de la princesse du clan du Tigre. Il devait mourir de ma main.

Je le repérai vite. Grand, musclé, ne s'encombrant pas de plaques de fer surfaites, il me contemplait, avec un regard d'honneur et de courage. Il ne tarderait pas à me connaître d'avantage.

Etrangement, un chemin se fit entre lui et moi, les combats semblant se déplacer sur les côtés comme une sanglante haie d'honneur. Le général me fit face de loin.

 

Avec un cri meurtrier, voix de mon peuple, j'élançai Bengal sur la terre orangée couverte de mares de sang où nous nous refletions. Je me rapprochais rapidement du chef des crocodiles qui ne bougeait pas et me fixait, son regard s'intensifiant à chacune des foulées de mon tigre. Celui-ci poussa un rugissement qui résonna au dessus des combats.

Leur chef fut soudain tout près de moi, je pouvais sentir l'odeur de sa peau, sentir la force de ses muscles tendus et la profondeur de son regard sur moi.

En un concert de cris, nous levâmes nos armes.

 

 

Léa

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