Page Blanche (Maewenn)

Alors c'est un vieil écrit (trois ou quatre ans j'estime) qui traînait dans un de mes placards digital. Cette nouvelle avait au départ été écrite dans le but d'un concours avec la première phrase imposé. Finalement, elle s'est avérait trop longue et achevée trop tard pour que je puisse l'envoyer. Comme je ne la trouvais pas satisfaisante je l'ai gardé avec dans l'idée de revenir plus tard dessus pour corriger ce qui n'allait pas. Finalement le temps passa et je finis par l'oublier. Je la ressors aujourd'hui et j'espère qu'avec votre aide je puisse enfin identifier clairement les problèmes et les réparer afin de donner à ce texte une conclusion satisfaisante.

 

 

Noir Écarlate

 

 

Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas croisé sa gueule dans un miroir. Et il venait de se rappelait pourquoi : il n'aimait pas ce qu'il voyait. A peine avait-il posé le visage sur la figure blafarde et impersonnelle qui lui servait de visage qu'il sentit une pointe de dégoût se tailler un chemin à travers sa gorge, dégoût trahi par le retroussement du nez et le léger froncement de sourcils qui avaient fait leur apparition sur la réflexion.

Il eut l'envie soudaine et intense de frapper l'avorton qui osait le toiser avec un tel mépris ; il leva son poing, l'arma et se retint au dernier moment, gardant son bras levé et figé. Il n'était après tout pas chez lui et il devait bien se débarrasser de cette habitude qui le poussait à détruire chaque miroir qui osait croiser son regard. De toute façon quelqu'un l'y avait déjà précédé comme le prouvait la fine ligne craquelée qui courait le long de son visage, cassant son insipide face.

Il détourna son regard et observa les alentours. Cet offensant miroir était accroché à un mur jaunâtre et sale, à ses pieds se tenait un petit lavabo dont la blanche porcelaine avait pris une teinte ocre-beige à travers les âges, de longues fissures ridant sa surface. Le robinet et les divers tuyaux qui en sortait était incrusté de calcaire, le gris boueux assorti aux joints crasseux qui n'arrivaient plus à lier entre elles les dalles de carrelages couvertes de terres et de poussières au sol. La faible lumière orangée et clignotante de l'ampoule accrochée au plafond, sans aucun ornements, complétait la vision d'ensemble. La seule chose qui semblait ressortir de cette pièce était le jaune, le jaune sinistre et blafard qui ne dégage aucune chaleur.

Soupirant, il laissa retomber lentement son bras. Il releva lentement le regard et revint face à face avec lui-même. Il observa, cette fois-ci, avec plus d'attention les détails de sa figure. Il avait le teint pâle et cireux, son air cadavérique était accentué par les profondes cernes violettes creusées sous ses énormes yeux verts et injectés de sang. Son visage était mince et ses joues creusées. Il était couronné d'une tignasse blonde paille, emmêlée et sale. Près de ses lèvres blanches, un fin duvet clair courait, remplaçant la barbe virile de son corps d'imberbe. Il remarqua que depuis sa dernière rencontre avec un miroir son corps maigrichon s'était encore affiné, accentuant l'impression que ses yeux étaient trop gros pour sa figure émaciée. La lumière de la salle n'arrangeait rien et lui donnait un air encore plus malade et chétif.

D'ailleurs ce clignotement irrégulier l'agaçait au plus haut point et, d'une soudaine impulsion, il flanqua ses mains dans les poches de son vieux manteau vert rapiécé qui flottait autour de lui. Il cligna des yeux un instant et lorsqu'il les rouvrit il ressentit la boule de la gorge qui l'avait fait venir ici en premier lieu. Il ressentit la brûlure familière dans sa poitrine et la soif intense qui tendit tout son corps. Il se baissa et ouvrit le robinet, s'aspergea d'eau froide et pleine de calcaire.

Lorsqu'il se redressa, son regard accrocha encore celui de son clone et cette fois ses yeux s'attardèrent sur son nez pointu légèrement tordu et remontèrent lentement, suivant la courbe nasale, pour s'arrêter sur son arcade sourcilière. A cet endroit une fine ligne blanche à peine visible barrait son sourcil gauche, partant de la tempe et s'arrêtant à sa pommette. Ses doigts squelettiques tracèrent doucement la trajectoire de la cicatrice. A cet instant son regard, jusque là vide et sans émotion ni éclat, sembla s'animer et son froncement de sourcil quasi-continuel s'accentua, rapetissant ses pupilles. Et, la main toujours sur son front, il se rappela les événements qui lui apportèrent ces deux marques particulières...

 

Cela avait commencé trois ans auparavant, il venait d'avoir dix-neuf ans. En tant que jeune homme plein de santé, il marchait la tête haute et déambulait nonchalamment à travers le dédale des rues. Il ne se souvenait plus très bien si c'était ses parents qui l'avaient jeté dehors ou si c'était lui qui avait fui le domicile familial, il s'en foutait. Il n'avait plus ni nom, ni foyer, ni famille, plus d'attaches. C'était un autre de ses anonymes que personne ne regardait vraiment et qui pouvait disparaître sans un remous. Il s'en foutait. Autrefois fils de bonne famille, plus ou moins non- conventionnel, aujourd'hui un autre de ces jeunes abandonnés et rejetés : ordures de la ville empilés dans un coin, partageant la saleté et les taudis. Il s'en foutait

Il venait juste de se faire embauché dans un club miteux aux clients douteux mais il n'y accordait pas trop d'importance, tant qu'on le laissait tranquille. Homme de ménage, barman remplaçant, chargé de vestiaire, il était l'homme à tout faire, une sorte de joker. Cette idée lui plaisait plutôt, être une ombre invisible et un caméléon, toujours là mais constamment ignoré, inconsistant mais impossible à saisir.

Tous les matins il rentrait chez lui avec sa maigre paye et son seul souvenir de sa vie passée : son toujours présent manteau vert et flambant qui lui allait à la perfection. Avec son salaire de misère, il avait réussi à trouver un minuscule studio poussiéreux et en piteux état dont les normes d'hygiène et de sécurité étaient sûrement loin d'être respectées. Il s'en foutait, tant qu'il y avait une couche où dormir, et puis le loyer était très petit. Tous les matins il s'écroulerait, ôtant seulement son manteau, sur son canapé et s'endormirait aussitôt. Il dormirait deux ou trois heures puis se lèverait, toujours portant son uniforme où le nom manquait sur sa plaque, il n'y accordait qu'une pensée distraite : ce n'est pas comme si on l'utiliserait de toute façon.

Ensuite il remettrait son manteau et sortirait se promener. A part les torchés de la nuit dernière et les clodos qui dormaient sur les pavés, il ne rencontrerait pas âme qui vive bien qu'il ne soit pas vraiment sûr que ces derniers soient bien tous respirant, pas qu'il s'en inquiétait le moins du monde. Cette partie de la ville semblait vide pendant le jour. Occasionnellement il apercevrait de furtifs mouvements du coin de l’œil, dans la sécurité d'immeubles décrépis et de parkings sombre où la nuit continuait. C'était comme si tout le monde évitait les rayons du soleil de peur de se brûler.

Il errerait sans but dans les rues jusqu'à ce que le soleil commence à se coucher. Alors la lumière rouge du crépuscule agirait comme un feu de signalisation, invitant les gens à sortir dans les rues et la ville s'animerait. Cela marquait aussi la fin de sa promenade, alors il se dirigerait vers le club dans lequel il travaillait, attrapant au passage un maigre repas, souvent un sandwich aux ingrédients douteux, mais il mangerait quand même sa seule sa seule pitance de la journée, étranger au goût, ce n'est pas comme si il avait les moyens d'avoir tellement plus de toutes manières.

Son quotidien était rythmé par les monologues pathétiques et pittoresques des bourrées scotchées sur leur tabourets au bar du club ; les marches sous le soleil blanc et lointain n'apportant ni confort ni chaleur ; le petit jeune accro et déjà loin dans son trip qui s'accrocherait à ses basques trouvant sa tête marante ; les nuits interminables dans ce club où la musique était trop forte et où les ivrognes passait leur temps à rire comme des pochetrons puis à se chamailler suivant leurs excentricités ; l'occasionnel coup de feu qui percerait le silence de la nuit et la réponse tout aussi violente qui ne manquerait pas de suivre ; les ordres agacés et impatients du manager et de son patron, la foire de la rue en début de soirée ; les cris de colère, de douleurs, de peur dont la musique accompagnait chaque pas qu'il prenait ; les transactions furtives des dealers dans les ruelles sombre le matin. Son esprit lui-même était vide, ses yeux ne voyait aucune couleur, et son cœur se contentait de battre lentement et mollement ne se laissant détourner de son devoir par aucune émotion. Sa vie était morne et grise les seules nuances qui y étaient apportées étant le blanc du jour et le noir de la nuit. Il s'en foutait, de la misérable et pitoyable existence à laquelle il était réduit, il n'avait aucun espoir ni aucune ambition quand à son futur, il ne se trouvait aucun regret quant au tour désastreux qu'avait pris sa vie lui qui était destiné à une vie de plaisirs et de facilités. Il se contentait de vivre mécaniquement sans aucun intérêt pour ses activités ni pour ce qui l'entourait, sans aucun désirs ni aucune passions.

Une seule chose arrivait à laver son regard de l'indifférence et du dédain qui semblait y avoir élu domicile, une seule chose apporter de la couleur et de l'éclat dans sa vie et elle s'appelait Cherry. Elle travaillait au même club que lui et était la star de la scène, une reine du dramatique et du spectacle. Il savait que son club tenait des activités pas toujours légales à l'intérieur de ses murs, trafic de drogues et d'armes y étaient monnaie courante. D'autre part, l'établissement voulant se donner un côté rétro plutôt cool, arborait un thème des années trente pendant la prohibition américaine, (effet plutôt raté dû au manque de moyen et d'effort mis en œuvre) et proposait des animations dans le genre burlesque et sensuel. Finalement le bar ressemblait juste à n'importe quel autre club de strip-tease qu'il y avait dans le coin, dont les jeunes filles ,et parfois les hommes, donnaient des séances « privées » après leur numéros. On pouvait donc rajoutait la prostitution aux divers activités du club décidément vraiment occupé. Cherry était l'une d'entre elles, et bien que Cherry ne soit évidemment pas son vrai nom elle ne jurait que par lui, âgée d'une trentaine d'année elle avait commencée sur la barre dès qu'elle avait atteint sa majorité et n'avait cessé de grimper les échelons, poussée par une intense estime de soi et une ambition dévorante, elle était devenue la chef de la partie scène et une des managers.

Tous les soirs sauf le lundi elle tenait un numéro solo où elle chantait et dansait, de manière très sensuelle mais gardant toujours assez de vêtements pour que les hommes doivent recourir à leur imagination. Le reste du temps, elle était en coulisse s'occupant de ses « filles » comme elle les appelait. Elle les écoutait et leur donnait des conseils pour la scène et les « rappels » comme elle le disait tout en finesse, les encourageant à jouer et les poussant à abandonner toute réticence et timidité. Elle-même avait abandonné cette partie-là du travail, ce qui ne l'empêchait pas d'avoir de multiples partenaires, mais aucun ne pouvait se vanter d'avoir son affection, la plupart étant juste des jouets dans ses mains expertes et manipulatrice, des divertissements. L'autre partie des amants avaient en fait un intérêt dans ses yeux calculateurs car ils lui permettaient sûrement tel ou tel privilège ou confort.

Il l'admirait profondément et ne pouvait détacher ses yeux de son corps invitant, bien qu'il ne ressentait aucune luxure pour ces formes gracieuses et sensuelles. Il admirait son corps souple et tonique tel celui d'un chat enjôleur, sa voix douce et caressante qui semblait tenter même le plus stoïque des mâles. Elle était grande et son teint était très pâle, presque blanc, ce qui contrastait grandement avec ses longs cheveux charbons qui tombait de manière sauvage mais appelant le regard. Elle avait des yeux noirs et calculateurs avec toujours un éclat de malice à l'intérieur, assortis à la sempiternelle robe de soirée noir qu'elle arborait chaque soir. Mais plus que tout il était fasciné par ses lèvres pulpeuses qui paraissaient figées dans un sourire mystérieux et moqueur teintées d'un rouge profond. Rouge passion pensait-il souvent.

Il était comme aimanté à l'aura mystérieuse qu'elle dégageait et se trouvait de nombreux points communs avec elle, comme lui elle ne possédait ni famille ni véritable identité, et bien que contrairement à lui, elle fut connu et admirée par tous, elle restait inatteignable , hors d'atteinte comme une étoile filante. Sa fascination pour elle se transforma vite en obsession et il appris ses horaires et son emploi du temps par cœur, il la suivrait silencieusement la nuit lorsqu'elle rentrerait chez elle et fixerait sans ciller les fenêtres qui donnaient sur son appartement jusqu'à ce que la lumière qui en sortait s'éteigne. Malgré tout jamais il ne l'approcha ni ne lui parla, il se contentait de l'observait de loin, la considérant comme un déesse intouchable. Il lui fut toujours reconnaissant d'avoir introduit de la couleur dans son univers : le rouge passion ,se rappelait-il, était la chose la plus belle qu'il n'avait jamais vu. De plus sa voix enchanteresse et son regard qui semblait toujours savoir avait l'art de lui couper le souffle et d'accélérer son cœur.

Mais la chose qui lui avait valu son amour inconditionnel était le désir qu'elle avait sut faire naître en lui. Elle l'avait initié à la soif et la beauté un samedi soir alors que leur deux services se terminait. Il avait été un peu plus lent que d'habitude à la rejoindre car le manager l'avait retenu au dernier moment pour nettoyer du vomis dans les toilettes, alors c'est un peu plus agité et fébrile que d'habitude qu'il avait quitté le club, se pressant pour rejoindre Cherry et observait de loin sa démarche envoûtante. Et c'est dû à se contretemps qu'il n'avait pas être témoin depuis le commencement de la scène qui l'accueilli lorsqu'il rattrapa sa déesse. Sortant par la porte de derrière du club réservée aux employés du club, il avait courut à moitié à travers les rues traîtreusement calme du quartier. Approchant du domicile de Cherry, il remarqua tout de suite les fenêtres éteintes de l'appartement, ce qui le rendit confus étant donné qu'il n'avait aperçu à aucun moment l'ultra-reconnaissable silhouette de la splendide femme. Mais un bruit pas tellement irrégulier piqua son attention. Dans une ruelle un peu avant l'appartement, il pouvait entendre les bruits de mouvements nerveux et furtifs d'un voyou accomplissant son larcin. Curieux, il s'avança dans l'allée. Un homme massif et immense se tenait là, et semblait quelque peu agité. L'inconnu revêtait un long et sombre anorak, et il le reconnut comme étant un des amants de Cherry. A ce moment l'homme suspect releva d'un coup la tête et l'aperçu.

Il se souvenait de la ruée que l'homme fit sur lui, les yeux écarquillée par la fureur et la panique. Le violent coup porté à son nez pas préparé. Le craquement sinistre qui s'éleva dans les airs. La sensation d'humidité et de chaleur qui se propagea sur le bas de son visage. Sa réponse réflexe, un crochet dans la mâchoire. Le grognement de douleur qui suivit. Un soudain scintillement au dessus de sa tête. Une morsure froide sur son visage qui avait reculé par instinct. De nouveau la chaleur qui se répandit sur sa joue et son front. Le scintillement, une nouvelle fois. Son pied qui s'éleva. Un corps qui s'écroula. Un incompréhensible gargouillement. Encore l'humidité à ses pieds. L'homme était mort, nota-t-il de façon absente. La pleine lune qui fut d'un coup découverte, illuminant la ruelle. Ses rayons qui révélèrent un autre corps. Cherry étendu par terre, immobile. Ses cheveux et vêtements se fondant parfaitement avec le noir de la ruelle. Ses grands yeux sans éclats regardant les étoiles, ses sœurs. Sa peau pale qui accrochait la douce lumière argentée. L'aura sanglante qui l'entourait. Ses lèvres rouges entrouvertes, des traînées écarlates s'en échappant par les coins, figeant un éternel sourire sur son visage. La beauté pensa-t-il. Le rouge, passion se rectifia-t-il, semblait faire brûler son cœur d'excitation.

 

Une impulsion plus chaude que les autres le concentra de nouveau sur son reflet dans la glace. Sa main s'éloigna brutalement de son front, et ses yeux semblèrent s'intensifier une seconde pendant qu'il se demanda ce qui l'avait tiré de sa mémoire. Il n'eut pas à attendre la réponse longtemps étant donné qu'une énorme mains s'abattit sur son épaule frêle. Il se tourna lentement et se trouva face à un géant chauve et barbu, couvert de tatouages et appartenant probablement à un gang de motard si ses vêtements donnaient une indications. Il fut assailli par l'odeur forte de la transpiration rance qui s'élevait du barbu tandis que des relents d'alcool s'y mêlaient, à chaque expiration effectuée. Il compris le message sans l'exceptionnellement longue tirade aigrie que le motard lui adressa, et il s'éloigna nonchalamment du lavabo et sortit des toilettes pourries qu'il avait investi.

Il se retrouva de nouveau dans la salle principale du pub agité dans lequel il se trouvait et se traîna vers le tabouret qu'il avait quitté. Ce soir était une de ses soirées de congés, celle auquel il avait le droit une fois par mois. N'ayant rien de mieux à faire et l'habitude de se coucher tard tous les soirs, il avait marché dans les rues jusqu'à ce qu'il tombe sur cet établissement, les bruits hauts sur l'échelle des décibels qui s'en dégageaient l'invitant à entrer, ce qu'il fit d'un haussement d'épaule. Lorsqu'il se laissa tomber sur son tabouret il laissa de nouveau ses rares pensées voguer dans sa tête. Elles ramenèrent à cette nuit, trois ans auparavant, et comment elle se finit dans un brouillard confus duquel de rares souvenirs s'extirpaient et semblaient plus ou moins clairs. Il croyait se souvenir d'être chez lui et de frotter son manteau frénétiquement dans l'espoir d'enlever les taches de sang qui le couvrait. Il se souvint aussi de la honte qu'il ressentit à l'égard de l'homme qu'il avait tué refoulant rapidement le souvenir dans un coin de sa tête. Il trouvait que ce deuxième cadavre et son propre sang avait sali la mort de Cherry et taché la pureté de la scène. Mais tout le reste était englouti par la vision magique qu'il avait eu dans cette ruelle et comment, même dans sa mort, son idole avait réussi à le foudroyer par sa grâce ; et par les étourdissantes sensations qu'il découvrait dans son corps, et comment elles faisaient rage dans sa tête. Depuis cette nuit il ressentait de temps en temps la brûlure qui s'élèverait n'importe quand dans sa poitrine, accélérant son rythme cardiaque et tendant son être entier de désir, sa gorge sèche et irritée réclamant à boire et la légère démangeaison qui tourmentait son front au niveau de sa cicatrice.

Pris d'une nouvelle pulsion brûlante, il leva son bras d'un coup et l'abattit sur le comptoir, ordonnant une nouvelle boisson. Un liquide ambrée fit son apparition au fond de son verre et disparut promptement dans sa bouche demandeuse. Il en commanda de nouveau, avalant goulûment le scotch. Cela faisait longtemps, des mois même, que cette sensation dans sa poitrine n'avait pas était aussi forte. Il devinait que ça devait avoir à faire avec le fait qu'il avait repensé à cette nuit fatidique. Il essayait absolument de noyer cette chaleur et d'humidifier sa gorge par la boisson. Il espérait que la chaleur de l'alcool le long de son cou engloutisse celle de sa poitrine. Combattre le feu par le feu comme il disait.

Après son quatrième verre en cinq minutes, il s'arrêta d'un coup et ferma ses paupières fermement. La flamme dans sa poitrine ne voulait pas s'éteindre et était de plus en plus vigoureuse, les spots rouges tournoyants accrochés au plafond du pub l'agaçait prodigieusement, de même que la foule bruyante et inutile d'ivrognes sous emprise. Enfin la vision de Cherry ne voulait quitter l'arrière de sa tête. Ouvrant ses yeux brusquement, il se leva nerveusement posa de l'argent sur le comptoir sans vérifier que le compte y était, et quitta prestement l'établissement. Il accueillit avec plaisir le silence et la fraîcheur de la nuit. Il commença à marcher avec l'intention de rentrer chez lui les mains dans ses poches.

Après un quart d'heure de marche énergique, la tête baissée, il entendit les bruits pas si irréguliers que ça d'un voyou commettant son larcin dans une sombre ruelle adjacente. Curieux, il s'avança dans cette direction seulement pour être bousculé par un jeune à capuche qui avait jailli de l'allée, un sac précieusement serré contre sa poitrine. Entendant de petits gémissements il s'enfonça un peu plus. Il fut accueilli par la vision d'une jeune femme recroquevillée contre un mur, apparemment effrayée.

« Est-ce que ça va ? Demanda-t-il sans aucune émotion

-Ou...Oui je crois, réussit-elle à articuler, Où est passé le voleur ?

-Parti, répondit-il laconiquement

-Ah »

Il s'accroupit et s'approcha de la pathétique figure devant lui, l'observant indifféremment. Soudain, un reflet accrocha son attention.

« Vous êtes blessée ?

    • Oui, pleurnicha-t-elle, il m'a attaqué au couteau...Qu'est ce que vous faîtes ??, s'écria-t-elle alors qu'il approchait sa main lentement, un regard intense sur sa face,

    • Rouge..., murmura-t-il, ...Passion, si joli...

    • Qu'est ce que vous racontez ?, s'écria-t-elle ses yeux ébènes brillant de panique, M'approchez pas !!!! »

Elle lui flanqua une grande claque et se releva, s'enfuyant en courant et criant. Momentanément choqué par sa réaction, il se releva lentement et observa la sortie de l'allée par laquelle la jeune femme l'avait fui. Puis, d'un coup, son visage se distordit en un sourire de satisfaction et de malice. Après tout, pensait-il, alors qu'il marchait rapidement mais avec détachement en direction des bruits de course effrénée qu'on pouvait entendre, la chasse rends toujours l’œuvre plus joli. Une explosion dans sa poitrine sembla acquiescer à cette idée.

Le lendemain tandis qu'il se dirigeait vers le club, dans la soirée, il tomba sur un porte journal présentant un numéro datant de ce jour-là. Il s'approcha, intéressé, et en pris un qu'il lut en diagonal. Sur la première page, les gros titres affichaient L'Ombre Ecarlate a encore frappé !! Une septième victime découverte depuis le début de l'année, et l'article associé relatait la découverte du corps d'une jeune femme massacrée et terriblement défigurée. Il jeta le journal sans y accorder plus d'attention et repris sa marche vers son boulot. Il semblerait que j'ai un nom finalement, pensa-t-il distraitement. L'ombre ignorée mais insaisissable, et écarlate, rouge comme la passion, cela lui plaisait décida-t-il, puis il rompit ses pensées n'y accordant plus d'importance, son cœur ayant repris son travail mécanique et sans émotion. Il s'en foutait, de toute façon, ce n'est pas comme si quelqu'un utiliserait son nom pour l'appeler de toute façon.

 

Par Maewenn

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