Un Rêve

Un pas, deux, puis trois. Je marche au travers de brumes bigarrées de ce pas rapide et volage. Je ne sens pas la terre sous mes pieds, ni le vent sur ma peau, je ne ressens que les ondes instables de ma conscience m’accompagnant sur ce chemin hésitant. Je flotte, inconstant, alors que des paysages privés se dressent devant moi en un instant. Là, un couloir, familier et chaleureux, où de multiples tapisseries me rappellent des souvenirs de manoirs, et je me dirige vers son extrémité où je peux apercevoir une demoiselle qui semble vouloir que je l’accompagne. Je m’approche, lui adresse quelques mots, souris, et croise son regard émeraude regorgeant de trouvailles et de mystères, comme un attique délaissé trop longtemps. Je pense savoir qui elle est, mais est-ce important ? Elle ou une autre, le voyage se poursuit, il n’y a pas de place pour les égards ou les pensées trop insistantes.

Un pas, deux, puis trois. Elle m’emporte à sa suite, me tient par la main, me sert ce superbe éclat de vie alors que nous filons à travers le brouillard. Une porte sur ma route, nous l’ouvrons pour sortir du couloir et arriver sur une plaine verdoyante. Le soleil m’éblouit, j’hésite encore un instant, elle me laisse au seuil tout en filant allègrement à travers champs. Un coup de vent cette fois me fait reculer, et ferme la porte devant moi. Je l’ouvre à nouveau, main tournant la poignée d’érable, la lumière perce à nouveau, et la vision s’offrant à moi diffère du tout au tout. Champs et verdures sont remplacés par une nouvelle projection de rues, de goudron, de mur. Je marche à nouveau et percute cette nouvelle proposition.

Un pas, deux, puis trois. Je suis perdu dans ce dédale de rues, de boutiques fermées, de volets claquants sous les bourrasques et pavés oscillant sous mon passage. J’ai l’espoir de retrouver la demoiselle, mais les rues que j’arpente sont vides et tortueuses. Je tourne à droite, puis à gauche, je marche un peu, regarde vers le ciel alors que le sommet des bâtiments si proches les uns des autres se recoupent pour ne presque plus laisser la lumière filtrer au travers. Je perds patience, je cours maintenant, je tente d’ouvrir les portes sur mon chemin, mais elles sont closes. Un coup d’œil derrière moi ne m’offre que la même vision qu’au-devant, les rues se ressemblent toutes, mais j’avance. Enfin une porte, je l’ouvre.

Un pas, deux, puis trois. J’ouvre la porte, regarde devant moi, passe à travers, et je tombe dans le vide.

Je me réveille. La tête en coton, les pensées embrumées, je laisse s’échapper les restes vaporeux de mes parcours oniriques sur un air de valse qui s’éloigne au pas. Qu’il est doux, le rêve, lorsque l’on ne s’y attend pas.


Geoffrey

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