Page Blanche (Léa)

Première

 

C'est étrange. Etrange comme mon envie d'écrire me fuit, sans pour autant que j'en ressente quelque chose de négatif. Une pensée obscure et paradoxale se forme dans ma tête : pourquoi écrire quelque chose, quand on a l'impression que tout va bien dans sa vie ? Je m'explique : tout est aussi bien calibré qu'une vieille boussole. Mes émotions, mes sentiments, mes envies. Je me sens exactement à ma place. Je me perds dans ce que je dis, je n'arrive pas à bien exprimer ce que je ressens, ni même à formuler une syntaxe correcte et un tant soit peu poétique. C'est comme si... comme si je ne pouvais décrire cette perfection. Ce sentiment d'équilibre total. L'impression d'être exactement là où je dois être, que ma vie suit une ligne parfaite et sans défaut. Et cette perfection, cette, comment dire, le mot me brûle les doigts, symbiose avec moi-même, dirais-je, est tellement ancrée en moi, si sereine et calme en mon corps, que je ne peux la coucher sur le papier. Nul besoin de digitaliser ma vie, ni même ne serait-ce que de la consigner. La vie s'anime au fond de moi, en un éclat de perfection.

Je ne rêve plus d'aventures entourée de héros fantasques, dans des paysages grandioses et fascinants. Je n'ai plus besoin de fuir. Car il faut l'avouer, l'écriture, et cette plongée dans un monde imaginaire, étaient pour moi un moyen d'éviter la réalité, et aussi de ronger mon frein; mes personnages accomplissaient pour moi des actes merveilleux, des exploits, sauvaient des mondes, chevauchaient des animaux iréels, tandis que je restais coincée dans une existence adolescente, si pleine d'envies, mais si vide d'accomplissements. C'en est presque triste de voir à quel point cette période emprisonnait la jeune fille que j'étais. Même si je pense que cette impression est partagée par tous : coincés entre deux âges, entre de la motivation, de l'envie et une volonté de reconnaissance, et un sentiment d'infantilisation et de surprotection (qui, avouons-le, nous ont bien servis).

Seulement, maintenant, cette période est passée. Je me sens entrée dans la phase adulte, plus mûre, en même temps plus sereine, mais aussi frémissante d'envie et d'excitation, mais avec la satisfaction de pouvoir accomplir tout ça. Mes envies n'ont pratiquement aucunes limites. Je sors tout le temps, je rigole, je fais la fête, je vois mes amis souvent, même ceux avec qui j'aurais pu perdre contact,.Je cumule conventions, parfois même dans d'autres pays, ainsi que rencontres. Je suis dans un tourbillon de jeunesse et d'humanité qui me correspondent parfaitement. Et puis, je n'ai pas de réel problème à affronter. Mon existence est sereinement folle et pétillante. Et je me sens tellement à ma place, en accord avec ma personne, que je n'ai nulle besoin de m'enfuir. Plus besoin d'existence fictive, c'est la mienne que je réalise maintenant. Quant à mon besoin d'imaginaire, la lecture me suffit amplement.

Bien sûr, j'ai quelques histoires, coincées dans un tiroir au creux de ma tête, que j'ai envie d'ouvrir parfois. Mais ce n'est pas le moment. Mes idées sont trop floues, mes personnages trop inconsistants, Quand à mon style d'écriture, bon, je pense que ça se voit à ce texte : il se perd et coule dans les méandres de... de je ne sais quoi d'ailleurs, mais quelle importance ? Un jour je réécrirais. Mais pas maintenant. Ma vie est perfection.

Léa

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