Verset 3

Verset 3

Le début de la fin

 

-Qu'on m'apporte un bandage !

Des bruits de pas qui se rapprochent.

-Que s'est-il passé ? Pourquoi... Tout ce sang !?

Une troisième voix.

-Il y a eu une embuscade à la porte Est.

-Qui aurait oser aussi proche de la ville...

-Les Loukinas, qui d'autre ? Passez moi la bouteille, il faut désinfecter ça. Qui sait où cette lame à pu traîner avec ces créatures...

-... Et ces deux là ?

-Ils nous l'ont amené ici après l'attaque.

-Je vois...

J'essayais d'ouvrir un œil, ne réussissant qu'à m'aveugler avec des lueurs d'intensité et de couleur différente. Mon esprit était tellement engourdit que je peinais à suivre la conversation.

-Tiens, je crois qu'il se réveille.

-Ah non, pas maintenant ! Vite, mettez le chiffon là bas sous son nez, ça le fera replonger le temps qu'un Guérisseur n'arrive.

-Inutile d'attendre, je peux le faire...

-Ne vous donnez pas cette peine. Ne vous fatiguez pas pour si peu, vôtre...

-Ça ne me fatigue ni ne m'ennuie en rien. La vie de ce garçon est en danger et je peux l'aider alors pourquoi m'arrêter ?

-Pardon, monsieur.

Quelqu'un posa sa main sur mon dos, et je sentis alors une grande chaleur m'envahir. Ce contact était doux et léger, agréable. C'était comme si Farewyn lui-même avait posé sa main divine sur moi, effaçant grâce à son pouvoir aquatique salvateur toute douleur et tout trouble. Tous ces poids qui pesaient sur ma conscience et mon corps s'envolèrent lentement et cette délivrance, cette légèreté m'emmenèrent loin. Très loin.

 

J'ouvrais les yeux avec peine, les paupières aussi lourdes que du plomb. Où étais-je ?

-Hey gamin, tu te réveilles enfin ! J'ai cru que ça n'arriverait jamais...

Je tournais la tête de coté, découvrant Éric assis sur une chaise à coté de moi. J'étais allongé sur une paillasse et découvrait que mon torse était entièrement bandé. Que m'était-il arrivé ? Mes souvenirs étaient tellement flous...

Je découvrais, non sans surprise, la chambre où je me trouvait : relativement grande, elle comportait plusieurs autres paillasses vides, et quelques meubles. L'obscurité nocturne me cachait les coins ainsi que le fond de la pièce, mais j'étais persuadé de voir une autre personne assise sur une malle un peu plus loin. Les genoux repliés contre la poitrine et le front posé contre ses genoux, elle se balançait frénétiquement d'avant en arrière,

Qui était-ce ?

Détournant le regard, je prenais appuie sur mes mains et me relevais pour m’asseoir à mon tour sur le lit de camp. Éric m'aida.

-Où sommes nous ? Demandais-je simplement sans quitter des yeux l'inconnu.

-Tu ne vas certainement pas me croire, mais tu te trouves dans ton Temple des Merveilles là.

Je tirais des yeux ronds, dévorant de nouveau l'espace autour de moi d'un regard nouveau. Sans prêter attention à ma réaction, il continua :

-Tu as été gravement blessé... Je n'aurais jamais cru possible qu'on puisse te sauver, continua-t-il, l'air peiné. Nous t'avons rapidement emmener en ville où des Sages nous ont trouvé et accompagné jusqu'ici.

-Tu dis nous... Tu n'étais pas seul ?

Mon interlocuteur remua sur sa chaise, mal à l'aise. D'un coup d’œil furtif et discret, il me désigna l'inconnu assis là-bas, toujours aussi silencieux.

-Non, en effet... Elle m'a aider. Ou plutôt elle nous a aider tous les deux. Il s'agit de...

Je n'entendis pas la fin de sa phrase, car quelque chose dans mon dos me glaça jusqu'au sang. Une présence ou une aura étonnement terrifiante était apparu d'une seconde à l'autre. Mon sang tapait contre mes tempes. Mes cheveux se hérissèrent. Mon ouïe fut comme lésée, ne laissant qu'un étrange bourdonnement à mes oreilles.

Surpris, je me retournais brusquement pour me retrouver face à l'Immortuum. Penché vers l'avant, il semblait me regarder de ses yeux bandés, les bras pendant le long du corps, son visage à quelques centimètres du mien.

Ma sensation de terreur éclata, me rendant l'usage de mon ouïe et de mon corps de manière violente.

À la fois surpris et effrayé, je hoquetais de peur en me reculant maladroitement. Mes pieds se prirent dans la couverture et très vite je tombais de la paillasse.

La douleur de ma chute éjecta tout l'air de mes poumons, et réveilla des souffrances sourdes dans tout mon corps. Quel cauchemar !

Éric se leva d'un coup pour tenter d'amortir le choc.

-Doucement ! Tout va bien gamin... Elle est avec nous.

Sans quitter l'Immortuum des yeux, je tâchais de reprendre mon souffle.

-Quoi !? Mais tu as perdu la tête ? Tu m'as dis toi-même de quoi était capable un Immortuum ! Braillais-je, totalement en proie à la panique.

Il m'aida à me relever tant bien que mal mais je refusais de me recoucher.

Je refusais d'approcher cette chose.

Après quelques secondes à l'observer, j'étais tout de même surpris par le calme étrange de la créature. Elle ouvrait la bouche pour parler, seulement elle en était incapable. Seuls quelques sons improbables sortaient de sa gorge.

Ses dents étaient presque toutes cassées et noires, comme pourries. Sa langue et ses gencives étaient dans un tel état que je me demandais comment elles faisaient pour soutenir encore les incisives...

-P... Imm... Pas... Pas imm... Tentait-il d'articuler, sans grand résultat.

Qu'essayait-il de dire ? Je ne comprenais rien. Un gargouillis enrayé et incompréhensible, voilà tout ce que j'entendais.

Éric me répondit avant que je ne le demande, visiblement aussi nerveux que moi. Les sourcils froncés, le visage durcit il me dit :

-Ce n'est pas un Immortuum. Je me suis trompé. C'est un humain. Une humaine pour être plus précis.

Je lui tirais des yeux ronds. Une humaine ? Il ne parviendrait pas à me faire avaler une chose pareille. La couleur de sa peau, son accoutrement, son langage... Elle n'avait rien d'une humaine.

Les souvenirs de l'embuscade me revinrent alors, ainsi que la facilité déconcertante avec laquelle elle avait transpercé le corps des Loukinas. Son agilité. Sa souplesse. Son aura.

Non. Elle n'avait définitivement rien d'humain.

Mes derniers souvenirs de la bataille se dégagèrent alors dans mon crâne et je plaquais brusquement ma main sur mon ventre, me remémorant le coup qui m'avait fait glisser jusqu'à la mort.

La cicatrice qu'elle m'avait infligé était palpable sous ma chemise. Je la soulevais, paniqué et découvrait l'énorme trace encore rouge et enflée. J'en grimaçais de douleur en remettant le tissu pour la cacher.

-Tu ne me fera pas croire ça... Quoi qu'elle soit, elle est dangereuse et a essayé de me tuer ! Répliquais-je à Éric.

L'Immortuum -ou l'humaine- se redressa, la bouche entre ouverte. Je cru entendre un faible soupir venant d'elle, avant qu'elle ne tourne les talons et ne s'en aille, nous laissant seuls, Éric et moi.

Le guerrier ne me réprimanda pas pour ma dureté, aussi méfiant que moi. Il m'aida à marcher jusqu'à ma paillasse pour m’y asseoir de nouveau. Alors que j'allais continuer ma tirade, une douleur me déchira l'abdomen. Je plaquais ma main sur mes cotes, retenant difficilement un hurlement. Surpris, Éric me demanda ce qui n'allait pas. La réponse vint d'elle-même : lorsque je soulevais ma main, elle était couverte de sang. La tâche se répandait lentement sur toute ma chemise et je croyais sentir la lame s'enfoncer de nouveau dans ma chair.

Éric réagit au quart de tour : il se leva et appela la première personne qui passait dans le couloir. Un minute plus tard, trois guérisseurs avaient accourus autour de ma paillasse et tâchait de refermer la blessure.

-C'est inutile, tonna alors une voix derrière eux.

Les Mages se poussèrent pour faire face à l'intrus : il s'agissait d'un homme plutôt vieux, avec une courte barbe grise-blanche bien entretenue, parcourue de chaînettes d'or d'où pendait des pierres précieuses de multiples couleurs. Ses habits étaient reconnaissables entre tous... Il s'agissait d'un des Sages du Temple des Merveilles, les Mages les plus estimés de tout le Royaume.

Pourquoi un Sage se présentait-il devant de simples visiteurs ?

-Vous ne pourrez rien faire pour lui, sa blessure n'est pas banale , continu-t-il de son ton calme et plat.

Il tendit un de ses bras, comme pour inviter quelqu'un à le rejoindre derrière lui. J'avais l'impression qu'il voulait accueillir mon âme dans son étreinte, sa robe s'étendant avec autant de douceur que ses gestes. Il était encore plus imposant ainsi.

-Elle lui a été infligée par un agresseur peu commun qui a utiliser une magie rare. Seule la présence de cet agresseur pourra calmer ses maux...

C'est alors que des doigts noires de jais aux ongles longs et fins agrippèrent les plis de la robe du Sage. À leur suite, l'Immortuum pointa le bout de son nez, hésitante, comme si elle avait peur de quelque chose.

Ma douleur s'estompa petit à petit et, aussitôt, je reportais mon attention sur ma blessure : comme si le processus était accéléré, je vis ma peau recouvrir l'entaille, refermant la plaie en une cicatrice imposante et boursouflée.

Quelle était cette magie ? Elle me faisait froid dans le dos.

Éric se releva et osa s'adresser directement au Sage. À croire qu'il était vraiment inconnu aux coutumes et politesses liés aux personnes d'un tel statut !

-Excusez-moi mais... Vous voulez dire qu'ils sont liés ?

Le Sage ne parut pas remarquer l'impolitesse et se tourna vers lui, poussant gentiment l'Immortuum au devant de la scène.

-En effet. S'ils s'éloignent l'un de l'autre, ce garçon risque fortement de mourir.

Il se tourna ensuite vers moi et ajouta d'une voix très douce :

-Mais rassurez-vous, lorsque son Éveil sera complet, elle aura le pouvoir de vous libérer de ce lien.

-Son... éveil ? Murmurais-je, inconnu à ce mot.

Je ne la trouvais pas vraiment endormie... Mes souvenirs d'elle en train de se battre me firent même penser avec une grimace qu'elle était plutôt vivace.

Le Sage se racla la gorge, comme mal à l'aise et jeta un regard furtif aux Guérisseurs autour de nous.

-Disons simplement qu'il faut qu'elle travaille sa magie après autant de temps... Mais ne vous inquiétez pas, ce sera relativement rapide.

Je n'eus pas le temps de lui poser plus de question que déjà il repartait, l'Immortuum sur les talons. Alors qu'elle passait le pas de la porte, la douleur jusqu'alors endormie se manifesta de nouveau, encore engourdie. Un grognement rauque s'échappa de ma gorge, et je plaquais de nouveau ma main sur la plaie. L'Immortuum s'en rendit compte, et se retourna pour me dévisager. Elle ne savait plus où aller, qui suivre.

Les Guérisseurs s'éclipsèrent à leur tour et lorsque la chambre fut vidée de tout intrus, la créature d'outre-tombe se plaqua contre l'encadrement de la porte et se laissa glisser le long du mur. Elle ramena ses genoux contre son poitrail, et reprit son étrange balancement.

Moi même, je me laissais retomber sur ma paillasse, soudain pris d'une grande fatigue. Le sommeil ne mis pas longtemps à m'emporter, me faisant oublier toute douleur.

Liés ? C'était bien ma veine d'être enchaîné à un Immortuum qui avait tenté de me tuer...

 

Voilà cinq jours que nous n'avions pas bougés du Temple des Merveilles. Éric partait en ville la journée pour régler quelques affaires, tandis que je me forçais à me lever pour faire quelques pas. La fausse Immortuum n'était jamais loin, ce qui me permis ce matin là de m'habiller et de marcher librement dans le Temple. J'avais besoin de me dégourdir les jambes, de visiter les alentours.

Oubliant le lien, ma blessure et les derniers événements, je me dirigeais vers le couloir donnant sur la chambre. Celui-ci était ouvert sur une cour intérieure où un immense arbre trônait en plein milieu. Ses racines dépassaient du sol et donnaient l'impression qu'elles pouvaient s'animer pour partir.

À en juger la taille et l'envergure de l'arbre, il devait être tricentenaire. Au moins.

Je me dirigeais d'un pas lent vers celui-ci, prenant garde à ne pas écraser les fleurs autour de moi. Une fois tout près, je plaquais doucement ma main contre son tronc. Je fermais les yeux et laissais mes sensations m'envahir, comme le torrent qui emporte le barrage de brindilles. Je sentais le flux de vie circuler sous la peau dur de cet être, s'agrippant de ses multiples racines à la terre, faisant remonter l'énergie de celle-ci jusqu'à la plus haute feuille. Ma conscience était risible à coté de son imposante présence. Pourtant, comme l'éléphant face à la fourmis, l'arbre me transmit une part de son identité par des murmures.

Ainsi, j'apprenais qu'il se nommait Micro et qu'il avait exactement quatre cents deux ans. Le Temples des Merveilles s'était agencé tout autour de lui pour son symbole de force et de longévité. Le paradoxe de l'espoir : Micro, celui qui est devenu plus grand que tout autre. Selon lui, s'était le Grand Sage originel, le premier de la lignée qui l'aurait planté ici-même. Il aurait depuis vu défiler toutes les générations de Sages, les uns après les autres. Une ancienneté qui forçait le respect.

Ses souvenirs de guerre et de violence ne me paraissaient ni sanguinaire ni brutaux comme on pouvait s'y attendre. Tout passait à coté de lui, mais rien ne l'atteignait. Son seul objectif avait été de grandir tout ce temps, ce qui rendait absolument tous ces souvenirs et son existence même aussi lente que progressive. Neutre.

Pourtant, c'est une image qui retint mon attention : à plusieurs reprise, le temps de quelques secondes à peine, la même scène se répétait à plusieurs siècles d'écart. Sous l'une des voûtes soutenant le couloir du second étage de cette partie du Temple, appuyée contre le même pilier, une silhouette sombre se détachait de la pénombre. Élancée, féminine, plutôt grande, les bras croisés sous la poitrine, absolument calme et impassible, effrayante. La personne fixait de ses yeux d'acier l'arbre, l'observant en tâchant d'être aussi immobile que lui. Chaque fois que cette vision revenait, les sensations confuses de Micro m'envahissait, m'avertissant que cette personne était dangereuse, même au travers des siècles. Cependant, il se sentait en sécurité à ses cotés.

A quatre reprises, le silhouette apparue. Le temple avait beau se ternir et même s'écrouler, le ciel avait beau devenir de plus en plus ravagé, la silhouette était la seule chose qui restait identique, avec Micro. Et chaque fois, ce dernier semblait me murmurer un danger, une mise en garde. Mais aussi un sentiment d'assurance et de respect.

Je fronçais les sourcils, de plus en plus perdus parmi toutes ces sensations contradictoires. Soudain, les souvenirs s'estompèrent peu à peu avant de se mélanger de nouveau à la sève brute des cimes, me replongeant dans le silence plat du monde. Lorsque j'ouvrais de nouveau les yeux, la première chose que je vis me fit froid dans le dos.

Juste en face de moi, cachée dans l'obscurité d'une des voûtes, l'Immortuum se tenait là. Elle était adossée au pilier, les bras croisés. La ressemblance était frappante. Fine, grande, élancée, un sentiment de peur et de détresse montait doucement en moi devant cette vision. Seule différence avec les souvenirs : Ses yeux étaient cachés sous l'étole ornée de perles exotiques. Lorsqu'elle comprit que je l'avais vue, elle se redressa, tourna les talons et s'en alla. M'observait-elle ?

Je sentis mon flanc m'élancer de nouveau un peu plus tard, ce qui me fit courir dans le direction où elle s'en était allé, tâchant de la rattraper.

Elle semblait avoir escalader les ruines d'une petite partie de l'enceinte du Temple, sûrement détruite après l'impact d'un projectile lors d'une bataille ancienne. Un peu maladroit, je sautais de bloque en bloque, tâchant de ne pas perdre l'équilibre, me retrouvant finalement à l'extérieur des murs du Temple. Je faillis dégringoler de la colline : à peine avais-je mis un pieds au sol que déjà elle décrivait une pente raide. Je tâchais de retrouver mon équilibre en me projetant vers l'arrière. Une fois collé contre le mur de pierres, une petite bourrasque me ramena des murmures. Des bruissements. Je levais les yeux pour découvrir un paysage superbe.

Les terres derrière la capitale était entièrement recouverte d'herbe vertes, sans aucun arbres à l'horizon. La brise les agitaient doucement, et elles se courbaient avec souplesse, dansant au rythme du vent. Le bruissement qui me parvenait semblait heureux et épanouis. Elles étaient fières d'être assez grandes pour valser avec la brise. La plaine était aussi vide que calme. Magnifique.

Le bruit de pas me tira de ma plénitude et je vis en bas de la pente raide l'immense silhouette de l'Immortuum.

-Hey ! Attends ! Lui criais-je, priant pour qu'elle m'entende.

Elle s'arrêta mais ne se retourna pas pour autant, les poings serrés. Je mis un pieds timide dans la pente, n'osant pas m'y aventurer plus, de peur de tomber. La créature ne bougea pas d'un pouce et c'est à ma plus grande surprise que j'entendis :

-Tu n'as... rien à... faire ici. Rentres chez... toi.

Une voix féminine, calme et tranchante. Quoi qu'hésitante...

-Je ne peux pas ! Si tu t'éloignes, je meurs.

Elle balança sa tête pour regarder le sol à coté d'elle.

Bien décidé à ne pas la laisser partir, je fis l'erreur de descendre un peu mon pied, ce qui me fit glisser. Je dégringolais la pente, soulevant un nuage de poussière. Alors que je me retournais sur le dos pour tâcher de respirer, le visage couvert de l'Immortuum emplis mon champ de vision.

-Tu n'as... rien à... faire ici, répéta-t-elle.

-Toi non plus, répliquais-je.

Il était hors de question que je me laisse marcher sur les pieds par une fausse Immortuum !

Elle sembla réfléchir avant de se détourner et repartir. Mettant la douleur de coté, je me relevais maladroitement pour la suivre. Elle s'arrêta de nouveau et poussa un soupir.

-Je dois... partir, dit-elle simplement, sa voix semblant s'éteindre à chaque mot.

On aurait dit qu'elle cherchait ses mots, ou qu'elle était essoufflée.

-Partir ? Mais partir où ? Demandais-je, exaspéré.

Je n'allais pas pouvoir la suivre quinze ans !

-Quelque part. Ça ne... te regarde... pas.

-Un peu que ça me regarde. Je te rappelle que ma vie dépend de ta seule présence.

Elle grinça des dents. Ça me mis mal à l'aise d'imaginer ces os noir et pourris se frotter entre eux.

-Mais là où je... vais, ce n'est pas... un endroit pour toi.

-Alors pars plus tard, le temps de t'éveiller ou je ne sais quoi. Le Grand Prêtre à dit que tu pourrais me libérer de ton sort quand tu serais réveillée... Tentais-je, presque implorant.

-...L’Éveil, répondit-elle simplement.

Sa voix avait pris de plus en plus d'assurance au fil de la conversation et elle avait murmurer ce dernier mot avec une intonation étrange, mystérieuse. Elle coupa court au silence qui s'étendait entre nous en tranchant :

-Je n'ai pas le temps... D'attendre. Je dois partir. Maintenant.

Mes épaules s'abaissèrent.

-Alors je vais mourir, dis-je simplement.

J'avais compris qu'il était inutile de tenter de la raisonner. Après tout, qui étais-je pour elle ? Un gêneur qu'elle avait tenté de tuer. Que je meurs maintenant ou il y a une semaine, pour elle ça revenait au même.

Je commençais à tourner les talons, rentrant vers le Sanctuaire d'un pas lent. J'espérais de tout mon être qu'elle me retienne ou m'accompagne. Cependant, alors que je levais ma jambe pour commencer à gravir la pente qui menait aux ruines, je ne l'avais toujours pas entendu bouger. Exactement, je ne l'avais pas entendu partir... Lorsque je tournais la tête de coté pour tenter de voir si elle hésitait, je la vis partir vers l'horizon d'un pas rapide et énergique.

Je poussais un soupir de résignation. Doucement, la douleur se déclara sur mon ventre et un léger picotement se faisait de plus en plus ressentir. Je plaquais ma main sur la cicatrice qui, je le sentais sous mes doigts, se rouvrait progressivement, et commençais ma rude ascension pour ne pas perdre connaissance au milieu de la campagne.

Oui, qui étais-je pour oser espérer une telle chose ?

Ma tête était lourde. J'avais mal. Inlassablement, je mettais un pieds devant l'autre, tel l'âne braqué sur sa course vaine. Ma vision se troublait, et j'eus l'impression que le paysage se dérobait autour de moi. Je compris que ce n'était pas le paysage mais bien moi qui dégringolait de la pente. Je perdis connaissance avant d'en atteindre la fin.7

 

 

 

 

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