∅ : Genèse

Genèse

 

« Au delà des frontières du monde, plus loin encore que les terres inexplorées se trouvait un lieu étrange où le temps n'existait pas. Y habitaient seuls, des Dieux. Ils célébraient tous ensemble une fête sans commencement ni dénouement. Le vin des Immortels s'écoulait en torrents partout où ils allaient, leur rire se transformant en nuage puis en tonnerre, leur pas modelant la terre en monts et plateaux. Lorsque leur yeux s'ouvraient, les terres étaient inondées de lumière et une couche verte couvrait absolument tout le paysage. Et lorsqu'ils les fermaient, l'obscurité pâle de la nuit faisait s'abattre le repos et la paix sur le monde. Cependant, un œil restait ouvert lorsque tous les autres étaient fermés : la belle Déesse Atria et sa chevelure étoilée veillait lorsque les autres dormaient. De son œil d'argent et ses doigts d'obscurité, elle soignait la terre de tous ses maux, la berçant comme son enfant. Elle était bien la plus ravissante créature que le monde eut connu, cependant les autres Dieux n'avaient le droit de troubler son éveil, car bien que belle, elle n'en restait pas moins maudite. Elle avait été condamnée par ses frères même à ne voir que lorsqu'eux-même ne regarderaient plus. Son regard ardent lui avait été arraché à sa naissance, ne lui laissant plus que ses yeux sans pupilles, dénués de tous éclats. C'était malheureusement le sort qu'attendait la seule créature féminine dans un environnement masculin.

Tandis qu'ils buvaient à en faire déborder leurs coupes, elle restait endormie loin, s'enroulant dans sa chevelure noire, au dessus des Terres Maudites, pays qui ne recevait jamais le moindre éclat de lumière, rejeté et renié par les Dieux. C'est pourtant dans ces terres reculés que le temps commença : Atria, Déesse salvatrice, donna naissance aux premiers animaux en secret, sur ces propres terres, brisant sa solitude. Elle décrocha l'un de ses précieux cheveux et l'enroula patiemment pour créer le corps. Elle se piqua ensuite le doigt pour créer le sang. Elle souffla enfin sur son œuvre pour créer la vie. Par ce simple soupir, elle léguait quelques années de sa vie d'immortelle, un tribut bien insignifiant pour un miracle aussi grandiose.

Chaque nuit, elle ouvrait ses yeux d'argents et continuait son ouvrage. Quelle chose plus merveilleuse que la présence d'un autre être pour partager sa solitude, seule chose qu'elle eut jamais connut ? De plus, ses créatures lui rendaient son amour, revenant toujours plus nombreux chaque fois, se multipliant durant ses nombreux sommeils. Mais en créant la vie, elle avait aussi déclenché le temps. Elle avait ainsi donné naissance à la mort, qui vint très vite frapper tous ces minuscules êtres qu'elle chérissait tant. Tous, un par un, ils tombaient et relâchaient le soupir qu'elle leur avait donné à leur naissance, redevenant un cheveux noir qui avait perdu son éclat étoilé. La crainte qu'elle ressentit en voyant l'œuvre de la première maladie fut telle qu'elle décida de partager son immortalité avec ses créatures. Lorsqu'elle se réveilla de nouveau, absolument toute trace de vie avait disparut. Tous ses précieux compagnons avaient périt sous le joug du temps. Accablée par la douleur et le chagrin, elle chercha désespérément un survivant.

Il n'en restait que deux : l'Homme.

Bipède différents de ses autres animaux, elle s'était amusée à leur accorder l'intelligence. Elle les prit doucement entre ses doigts nocturnes, pleurant toutes les larmes de son corps devant ce spectacle. De ses joues glissaient des perles d'argents et d'or, s'écrasant sur la terre. Elle décida alors de leur transmettre son immortalité, leur offrant une barrière inébranlable contre le temps et cette maladie qu'elle avait engendrée : la Mort. Tout en continuant de pleurer, elle soufflait une fois encore sur ces deux minuscules êtres qu'elle avait créé. Et plus elle soufflait, plus le temps qu'elle avait instauré s'imposait sur elle, en elle. Et plus elle soufflait, plus elle sentait son immortalité s'envoler vers ses créatures. Puis il fut un moment où elle ne souffla plus : elle ne le pouvait plus. Elle reposa à terre ses deux Hommes avant de s'écrouler. La mort se répandait en elle comme le vin coulait dans les verres de ses frères et, très vite, ses yeux ne se refermèrent plus. Sa longue et indomptable chevelure noire était étalée sur toute la surface de ses terres, chaque cheveux se transformant en animal, repeuplant la terre de créatures éphémères.

Les sept fils de l'Homme, devenu immortel, répétaient alors l'histoire de leur Mère au monde entier qu'ils soient hommes, animaux ou Dieux.

Lorsque les frères d'Atria apprirent sa mort et la naissance d'une nouvelle race d'être vivant, ils transformèrent son corps en montagnes qui s'élevaient plus haut que les nuages, faisant des sept Fils des Archanges qui se changèrent en pierre au centre de ces montagnes, dans une place reculée où le dernier souvenir de l'immortalité resterait à jamais scellé. Les six Dieux, alors triste de la disparition de leur unique sœur, s'en allèrent laisser libre court à leur chagrin dans la Terre et dans les Cieux. C'est ainsi qu'une longue fête divine prit fin : le Temps était né. »

 

Extrait du Livre des Arcanes, Chapitre II, Verset 14.

 

« Toi, l'Homme. La Terre à tes mains nous laisserons, berceau de ton existence et de ta folie.

Toi, l'Homme. Les Océans te contiendront, reflet de tes limites et de ta colère.

Toi, l'Homme. Les Forêts grandiront, reflet de ta croissance et de ton existence.

Toi, l'Homme. Les Plateaux s'élèveront, reflet de ton exil et de ta conscience.

Toi, l'Homme. Les Cieux te regarderont, reflet de ta souveraineté et de ta mortalité.

Toi, l'Homme. Les Montagnes à jamais demeureront, reflet de tes origines et de ton inconscience.

Toi, l'Homme. La Terre à tes mains nous laisserons, berceau de ton existence et de ta folie.

A chacun de tes pères, de tes fils et de tes frères tu devras respect et amour.

A l'Air, à la Terre, au Feu, à l'Eau et à la Lumière tu devras respect et amour.

A jamais ton Histoire tu répéteras, pour ne jamais oublier le Commencement.

Si à l'un de ces préceptes tu désobéis, le Malheur s'abattra sur tes fragiles créatures et les Séparations s'enchaîneront.

La Séparation de la Terre divisera Famille et Sang.

La Séparation des Cieux divisera Dieux et Corps.

La Séparation des Eaux divisera Noms et Instincts.

La Séparation des Flammes divisera Peuple et Roi.

Alors seulement, la Séparation des Âmes mettra fin aux Tourments, et Tous périront.

Le Soleil affrontera la Lune.

La Lune affrontera le Soleil.

Victoire de l'un détruira l'autre.

Victoire de l'autre détruira l'un.

Toi, l'Homme. La Terre à tes mains nous laisserons, berceau de ton existence et de ta folie. »

 

Extrait du Livre des Arcanes, Chapitre II, Verset Dernier (16).

 

« A l'An 0, le Commencement s'est achevé et l'Ère de l'Homme a débuté.

 

Les villages, puis les villes ont été construites.

Les chemins, puis les routes ont été bâtis.

Les rivières, puis les fleuves ont été aménagés.

 

A l'An 76, l'Ère de l'Homme s'est achevé et l'Age de la Grande Paix à débuté.

 

Les villages, puis les villes se sont peuplés.

Les chemins, puis les routes ont été utilisés pour le commerce.

Les rivières, puis les fleuves ont été source de nourriture.

C'est lors de cet Age que les préceptes et toutes les organisations sont nées.

 

A l'An 284, l'Age de la Grande Paix s'est achevé et le Temps des Séparations a débuté.

 

Le Roi s'est disputé avec son Frère, divisant le territoire en deux parties, en 284. Les habitants d'un pays suivirent le Roi qu'ils pensaient légitime : Le Sud au Roi et son Peuple, le Nord au Frère et ses Fidèles. C'était la Séparation des Terres.

Le Frère rejeta les Préceptes ainsi que les Divinités vénérées siècle après siècle, traçant sa propre religion à partir des ruines de l'ancienne, accumulant rancœur et haine envers le Roi qui l'avait trahi. Mais lorsque les Dieux changent, leurs créatures changent avec eux. En 298, le Frère se muta alors en Loukina, créature mi-Bête mi-Homme, fidèle à sa propre religion : les Fangs. C'était la Séparation des Cieux.

D'un pays à l'autre, le Nom de toutes choses était différent. Les villages, puis les villes. Les chemins, puis les routes. Les rivières, puis les fleuves. Jusqu'au nom des animaux et des magies. Fidèles à leur religion, les Archanges développaient l'alchimie des éléments. Fidèles à leur religion, les Fangs développaient l'alchimie des armes et de la violence. C'était la Séparation des Eaux.

La Grande Guerre a débutée en 300. Les batailles s'enchaînaient. Pas de réelle victoire. Pas de réelle défaite. Rien que des batailles. Et des morts.

C'est lors de la Bataille d'Inium en 302, la capitale originelle, que le Héros mit la Grande Guerre en suspens : les Loukinas ont alors fait marche arrière vers leur territoire, les Humains faisant de même. La Guerre n'en était pas moins finie que le Roi s'exila dans la Tour Mirage, son château ambulant, et disparu aux yeux de tous. Depuis l'An 303, Lui et sa Cour était introuvable. C'était la Séparation des Flammes. »

 

Extrait du Livre des Temps : L'Histoire des Hautes Terres.

 

 

 

 

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